Jean Jacques Mégard
1693 - 1760


Origines et famille

Jean Jacques est le fils de Jean Marc Mégard et de Bénigne Vulliet. Il est né à Commugny le 4 février 1693. Le père est réfugié protestant, fils de Raymond Mégard, opulent versoisien. La mère est de Commugny.
Son père meurt en 1695, avant la naissance du second enfant du couple, Marie, le 10 décembre 1695.
Rien ne laisse supposer que Jean Jacques se soit marié ou qu'il ait eu des enfants. Il semble s'être consacré à ses études, ses recherches, son travail d'avocat et plus tard de juge.
Il est décédé le 13 mai 1760 en la paroisse de Commugny.

Il appartient à la partie de la famille qui s'est réfugiée dans le canton de Vaud. La plupart de ses cousins et cousines (enfants de son oncle Jean à Versoix) sont catholiques, sauf Aimé Mégard.



Les enfants de Raymond, Jean Jacques est fils de Jean Marc, au centre



Etudes

En 1709, il est élève du Collège de Genève.
Avec d'autres élèves de la 2ème classe, il récite un Compliment de félicitation pour le commencement de l'année, à la Vénérable Compagnie de Pasteurs et Professeurs. Chacun des huit élèves prononçant une partie des vers latins du compliment. Ce texte est de main inconnue et dresse un tableau de la Ville et République de Genève.
En 1710 Johannes Jacobus Megard est élève du recteur Jean Alphonse Turrettini, en faculté des lettres.
En 1712 il est en faculté de philosophie.

En 1713, c'est à Lausanne qu'il défend une thèse de physique : "De la structure de l'oeil".


En 1714, Johann Jacob Megard fait partie des quelques dizaines d'étudiants suisses ayant fréquenté l'Université de Halle créée en 1694. Halle (ou Halle-Wittenberg) se trouve à environ 50 km de Leipzig, dans le Saxe-Anhalt (ancienne RDA).
Des relations amicales existaient entre Friedrich III et les cantons suisses réformés, ce qui explique la présence d'étudiants suisses parmi d'autres étrangers qui eux étaient réfugiés.
Dans le registre des immatriculations, Jean Jacques est dit "sans faculté". Il a vraisemblablement étudié le droit, au vu des titres qui lui sont attribués par la suite.



Titres, lieux et métiers 1724-1755

Sur un acte notarié de 1724, à Commugny, il est Professeur en droiz.
En 1733 il est Docte et scavant, et en 1744 on le dit Spectable et prudent ou avocat bourgeois de Commugny.
En 1748, il est avocat à Berne.
De 1751 à 1755 il porte le titre de Chatelain de la baronnie de Coppet, ce qui correspond au rôle de président de la cour de justice, nommé par le Sénat de Berne.
En 1758 il est dit Me l'Avocat Megard.

En 1744 et 1745, il vend seize pièces de terre à Commugny, ainsi qu'une vigne et un jardin. Pour tous ces actes il ne se présente pas personnellement, mais est représenté par Gabriel Vulliet (justicier de Coppet, qui jouera encore ce rôle jusqu'en 1754). Ce qui semble montrer qu'il ne réside pas dans la région à ce moment. Il serait selon Samuel König à Berne. Cependant aucune trace de Mégard dans cette ville (recherches faites aux Archives d'Etat : à l'état-civil, au recensement de 1764, au Livre des matricules des notaires ; à la Bibliothèque de la bourgeoisie : manuscrits). Il habitait peut-être ailleurs dans le canton.



Sciences

Jean Jacques M. aurait peut-être aidé le jeune Louis de Cheseaux, petit-fils du professeur de Crousaz, dans la réalisation de son petit observatoire, vers 1740.
Le mathématicien allemand Samuel König (1712-1757) propose en 1748, dans une lettre à Albrecht von Haller (1708-1777), que Jean Jacques Mégard soit chargé de l'enseignement des mathématiques à Berne. C'est finalement Niklaus Blauner qui sera élu à ce poste. Samuel König était alors Professeur de Philosophie et de Géométrie sublime à Franeker.

«(...) un certain homme du pays de Vaud nommé Mr. Mégard, qui fait le métier d'avocat à Berne ; (...) est fort habile, au point que j'ai cru pouvoir le recommander à Pétersbourg en qualité de géomètre, mais il n'a pas voulu y aller.»


Dans une autre lettre de Samuel König, de 1749, celui-ci donne de précieux renseignements.
«A Mr. ... Astronome de l'Académie Roïale des Sciences de Paris, sur des Recherches d'Optique, Et sur une nouvelle sorte de Telescopes à réflexion.
Monsieur,
(...)
Un habile homme de ma conoissance, nommé Mr. Mégard, du Canton de Berne, s'étant appliqué, pendant plus de vingt-ans, aux Recherches sur l'Optique & les Telescopes à réflexion, est enfin parvenu à en imaginer une nouvelle sorte, dont les éfets doivent surpasser considérablement ceux des Telescopes Neutoniens & Grégoriens, qui sont en usage actuellement : Il en a composé une Théorie avec les démonstrations nécessaires dont il me communiqua quelque chose en 1737, pour en faire part, sub fide silentii, à feu Mr. Bernoulli, qui en approuva fort les idées.
Le défaut d'Ouvriers habiles, & plusieurs autres obstacles ont été causes que la chose en est restée là. Ce n'est que depuis environ un an, que l'Auteur, cédant à mes instances réitérées, s'est enfin déterminé à publier sa Découverte, que les habiles Gens & les Juges compétents en fait d'Astronomie nautique, feront de son Télescope, par rapport à la détermination des Longitudes sur Mer, afin qu'il puisse tirer quelque parti d'une invention qui lui a couté tant de tems & tant de peines. (...)»
Suit une description plus technique affirmant que ce nouveau modèle de télescope serait huit à neuf fois plus court que le traditionnel.


Le grand mathématicien suisse Leonhard Euler (1707-1783) mentionne les travaux de Jean Jacques Mégard dans une lettre de 1754 à son compatriote bâlois résidant à Londres, Johann Kaspar Wettstein :

«Je me suis informé sur Mr. Megard, duquel on me marque, qu’il s’applique fort à la Mecanique, mais à Geneve on ne sait rien de ses pretendues decouvertes. Je ne crois pas impossible, qu’on fasse un telescope de 2 pouces, qui nous decouvrent les Satellites de Jupiter, et puisque l’Auteur parle de la grosseur, je crains fort qu’il n’ait employé plusieurs reflexions, pour procurer un tel raccourcissement. Or dans ce cas il ne gagneroit rien, il seroit aussi difficile en mer de se servir de ce telescope que d’un ordinaire; le champ apparent seroit aussi petit, et dès qu’on auroit une fois perdu de vue Jupiter, ce qui doit arriver à tout moment, on ne seroit pas plus en état de le retrouver que par le moyen d’un grand [telescope]. Le Microscope mentionné seroit aussi une decouverte digne de recompense, mais je doute fort, que l’Auteur ait dejà executé ces deux Instrumens, la chose devroit au moins avoir fait quelque bruit à Geneve, et en cas qu’ils n’existassent encore qu’en Idée, la decouverte ne meriteroit pas un sol de recompense.»

Euler fait allusion à la récompense de 20'000 livres sterling promise par l'Amirauté britannique pour l'invention d'une méthode assez précise de détermination des longitudes en mer. Une solution préconnisée à l'époque nécessitait l'observation des satellites de Jupiter, considérés comme une montre céleste au mouvement impertubable, mais les télescopes disponibles ne le permettaient pas. 


Samuel König



Albrecht von Haller



Leonhard Euler

Jean Jacques M. est amené en 1750 à agir dans l'affaire Micheli du Crest (autre scientifique, genevois), alors emprisonné dans la prison d'Arbourg. Il aurait fait des pressions auxquelles Micheli du Crest ne se serait pas soumis.



Références

Compliment de 1709 :
Bibliothèque publique et universitaire de Genève (BPU) : Mss suppl 1445.
Thèse :
Bibliothèque cantonale universitaire (Lausanne, BCU) : BCU/D NEDA 2457 et BCU/R 1B 866/3/16.
Sur Halle :
Wofram Kaiser und Werner Piechocki : "Schweizer Medizinstudenten und Ärzte des 18. Jahrhunderts als Absolventen der Medizinische Fakultät Halle", in Gesnerus 26 (1969)
Sur les recherches scientifiques :
J. H. Graaf : Geschichte der Mathematik und der Naturwissenschaften in bernischen Landen, Bern, 1888.
Rudolf Wolf : Biographien zur Kulturgeschichte der Schweiz, Zürich, 1858-1862.
Lettre de König : Journal helvétique, avril 1749.
Lettre de Euler : Berlin, 6 juillet 1754, publiée dans Euler, Leonhard, Opera omnia, Basel: Birkhäuser, 2008, série IVA, volume 7. (Communication de Siegfried Bodenmann, juillet 2008).
Commugny et région :
Notaire François Michel Martheray (Curial de Coppet), 1715-1761, aux Archives cantonales vaudoises (ACV : Dm 63).
Etat-civil de Commugny, 1666-1749 (ACV : Eb 30).